
Nora Mitrani : biographie d'une écrivaine surréaliste
Qui est Nora Mitrani ? Son nom est souvent associé à ceux de Hans Bellmer et Julien Gracq. Pourtant, l'auteure est une figure emblématique du surréalisme de l'après-guerre. Beaucoup citent le recueil de ses écrits : Rose au coeur violet, mais elle s'est aussi imposée dans le cercle masculin des surréalistes et a représenté leur mouvement à l'international. Sa vie fut courte et pourtant si intense... Venez découvrir sa biographie !
Une écrivaine surréaliste engagée
Née le 29 novembre 1921 à Sofia en Bulgarie, Nora Mitrani émigre avec ses parents en France dans les années 30. Elle est la soeur du réalisateur Michel Mitrani. Sous l'occupation allemande, sa mère et beaucoup de ses proches sont déportés à Auschwitz. Nora, elle, continue ses études à la Sorbonne sous une fausse identité.
En 1945, sa rencontre avec Hans Bellmer est décisive. Grâce à lui, elle est présentée aux surréalistes, dont André Breton. Bellmer et Mitrani deviennent amants et cette complicité donne naissance aux fameuses anagrammes publiées dans l'essai de l'écrivaine : Rose au coeur violet en 1950. Leur liaison se termine au début des années 50. Elle commence une relation avec Julien Gracq vers 1953, mais tous deux restent discrets à ce sujet.
Le premier pas officiel de Nora Mitrani dans le mouvement surréaliste est la signature d'un tract : Rupture inaugurale en 1947. Dès lors, elle signe tous les tracts du groupe et rédige pour plusieurs revues telles que Néon, Surréalisme, même et Bief.
Elle représente également les surréalistes de Paris à l'étranger. En janvier 1950, elle donne une conférence : « La raison ardente. Du romantisme au surréalisme » à Lisbonne. Lors de ce voyage, elle fait deux rencontres importantes :
- Le poète Alexandre O'Neill, un des fondateurs du mouvement surréaliste portugais.
- La découverte de l'oeuvre du poète Fernando Pessoa. D'ailleurs, Nora consacre un important article sur l'artiste dans le second numéro du Surréalisme, même en 1957.
En février 1960, elle participe aussi à une émission de radio en Angleterre « In defense of surrealism ». Les échanges sont par la suite transcrits dans Bief : « >Le dialogue de Londres ».
Nora Mitrani : une femme affirmée tout au long de sa vie
Dans ce milieu très masculin qu'est le surréalisme, Nora Mitrani en devient une figure importante. Son charme, son esprit et son sens de la repartie font qu'elle s'intègre facilement dans ce cercle et participe aux débats qui ont lieu au café de la place Blanche à Paris. Un des thèmes qu'affectionne l'écrivaine est la condition féminine. Elle écrit à ce propos un article : « Des esclaves, des suffragettes, du fouet » qui paraît en 1957 dans Surréalisme, même.
En parallèle, Nora Mitrani est admise vers 1950 au C.N.R.S. et intègre en 1955 une équipe qui ne compte que six femmes sur trente-cinq chercheurs. La sociologue est l'une des seules à ne pas traiter d'une problématique liée aux femmes pour sa thèse. Elle choisit la technocratie, une thèse qui reste inaboutie. En effet, en mars 1961, Nora Mitrani meurt des suites d'un cancer à l'âge de 39 ans. En 1988, Dominique Rabourdin regroupe ses textes dans un volume qui s'intitule Nora Mitrani, Rose au coeur violet. Il est préfacé par Julien Gracq et est clôturé par le récit autobiographique de Nora Mitrani : Chronique d'un échouage.
Ecrit le 22 Mai 2021 par Magali Gautier